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Fintech won in Francophone Africa. Now what?

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8 septembre 2026

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Dans le quartier de Cocody, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, un kiosque d’agents de Djamo se trouve entre un point de mobile money et un bureau de change. Trois activités différentes reposent pourtant sur une idée assez proche : pour des millions d’Africains de l’Ouest qui n’ont jamais eu de compte bancaire, le téléphone peut être plus utile qu’une agence bancaire.

Djamo, la néobanque ivoirienne fondée en 2020, compte aujourd’hui plus d’un million d’utilisateurs en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle a traité plus de 4,5 milliards de dollars de transactions et levé 17 millions de dollars en avril 2025, la plus importante levée de fonds jamais réalisée par une startup ivoirienne.

L’entreprise n’est qu’un élément d’une histoire beaucoup plus vaste. En Afrique francophone, la technologie et la fintech sont devenues presque indissociables. Lorsqu’on demande aux investisseurs où va l’économie numérique de la région, les paiements figurent généralement parmi les premières réponses.

1. Les chiffres permettent de comprendre pourquoi

Source de l’image : Bloomberg

La fintech a attiré $1,37 milliard sur les quelque 3,24 milliards de dollars levés par les startups africaines en 2025, soit plus de 40 % des financements en capital-risque du continent.

Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, l’ampleur du phénomène est d’autant plus évidente. La BCEAO recensait 248,7 millions de comptes de monnaie électronique à la fin de 2024, contre 25,5 millions dix ans plus tôt. Ces comptes ont traité 11 milliards de transactions représentant 160 415 milliards de francs CFA, soit environ 270 milliards de dollars.

Le mobile money représente désormais 57 % du taux d’inclusion financière de la région, qui s’élevait à 73,6 % en 2024.

Au Sénégal, Wave est devenue la première licorne d’Afrique francophone en 2021, avec une valorisation de 1,7 milliard de dollars. Son tarif fixe de 1 % appliqué aux transferts lui a permis de s’attaquer à Orange Money. L’entreprise revendique aujourd’hui 20 millions d’utilisateurs mensuels sur huit marchés.

Ailleurs, le schéma est comparable. Au Cameroun, les services de mobile money de MTN et d’Orange comptent ensemble plus de 20 millions de comptes. En République démocratique du Congo, M-Pesa, Airtel Money et Orange Money comptaient environ 34,2 millions d’utilisateurs actifs. Les revenus d’Airtel Money en RDC ont augmenté de 42 % en un an pour atteindre 194,8 millions de dollars.

L’avance de la fintech est évidente, mais son impact sur le reste de l’écosystème technologique l’est moins.

Pourquoi les paiements sont arrivés les premiers

La fintech est arrivée sur un marché où une grande partie de l’infrastructure dont elle avait besoin existait déjà.

La pénétration bancaire formelle dans l’UEMOA se situe autour de 24,3 %, tandis que celle du téléphone mobile est nettement plus élevée. Une grande partie de la population avait donc accès à un téléphone et à un réseau mobile, sans pour autant disposer facilement des services bancaires traditionnels.

Le cadre réglementaire a également joué un rôle. La BCEAO a mis en place un régime d’agrément pour la monnaie électronique et introduit des règles relatives aux paiements instantanés. En septembre 2025, la plateforme d’interopérabilité PI-SPI a offert aux huit pays de l’UEMOA une infrastructure commune de paiements.

Les opérateurs télécoms, notamment Orange, Moov et MTN, disposaient d’un autre avantage : la distribution. Leurs réseaux d’agents atteignaient déjà des communautés que les banques avaient du mal à servir. Ajouter des services financiers à ces réseaux était bien plus simple que de construire un réseau bancaire à partir de zéro.

Les institutions de financement du développement et les fonds de capital-risque liés aux diasporas étaient également plus à l’aise avec un modèle qui avait déjà fait ses preuves ailleurs en Afrique. Les paiements offraient aux investisseurs quelque chose de relativement facile à comprendre : un marché existant, des transactions récurrentes et, dans certains cas, la capacité de changer d’échelle assez rapidement.

La fintech n’a donc pas eu à créer les conditions de sa propre croissance. Une bonne partie du terrain était déjà préparée.

Cela complique le récit qui présente la fintech comme un indicateur pur de la capacité d’innovation de la région. Son essor montre aussi qu’il s’agissait d’un secteur particulièrement bien adapté aux infrastructures, à la réglementation et aux préférences des investisseurs déjà en place.


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2. Les secteurs laissés derrière

Francophone Africa on the map
Francophone Africa on the map
Un marché à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Les retombées de la croissance économique du pays n’ont pas profité à une grande partie de la population. Source de l’image : Cyrille Bah, via l’agence Anadolu/Getty Images.

Les conséquences apparaissent plus clairement lorsqu’on regarde où les investissements ne vont pas.

Digital Africa, programme panafricain soutenu par Proparco, la branche dédiée au secteur privé de l’Agence française de développement (AFD), ainsi que par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Union européenne, cible l’intelligence artificielle, la healthtech, la climate tech et les infrastructures numériques avec son fonds d’amorçage 2026. Le choix des secteurs ciblés en dit long sur les lacunes que les investisseurs continuent d’observer.

À l’échelle africaine, la healthtech attire environ 12 % des capitaux de capital-risque, tandis que l’agritech en reçoit beaucoup moins, contre plus de 40 % pour la fintech. En Afrique francophone, des entreprises comme Waspito, une entreprise de santé numérique opérant sur un marché que « de nombreuses plateformes de santé numérique ont largement négligé », restent relativement rares.

Les entreprises d’e-commerce et de logistique existent, mais elles se retrouvent souvent en aval de la fintech. Jumia et Sendy, par exemple, ont utilisé l’entreprise ivoirienne de paiements B2B Julaya au sein de leurs infrastructures financières.

Cette relation est révélatrice. Dans de nombreux cas, la fintech n’est pas simplement une catégorie technologique comparable à l’e-commerce, à la logistique ou à l’agriculture. Elle constitue la couche fondamentale dont ces entreprises dépendent.

Les logiciels destinés aux entreprises et la deep tech restent beaucoup moins présents dans les financements. La technologie climatique et l’assurance agricole ont connu quelques réussites, notamment avec OKO au Mali, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Mais là encore, la distribution dépend souvent d’infrastructures financières déjà existantes. Si OKO parvient à atteindre les agriculteurs et à verser des indemnités d’assurance, c’est en partie parce que les paiements numériques ont déjà rendu ces transactions possibles.

Le risque est donc que la fintech devienne à la fois le secteur le plus solide de l’écosystème et l’infrastructure autour de laquelle les autres secteurs doivent se construire, sans que ces derniers atteignent eux-mêmes une profondeur suffisante.

L’Afrique francophone n’est pas un marché unique

Il y a un autre problème à prendre en compte lorsqu’on considère la région comme un seul marché de la fintech : les pays évoluent à des rythmes très différents.

La Côte d’Ivoire a dépassé le Sénégal en décembre 2024 pour devenir le premier marché de l’UEMOA en termes de valeur des transactions en monnaie électronique. Abidjan est également devenue la principale base d’expansion régionale, avec des entreprises telles que Djamo, Julaya, CinetPay et Gozem installées dans la ville.

L’infrastructure qui accompagne cet écosystème se développe elle aussi. ST Digital, une entreprise de services numériques qui ambitionne de devenir un acteur majeur de la transformation numérique et des services cloud en Afrique, construit en Côte d’Ivoire un centre de données souverain de niveau Tier III. Celui-ci devrait être connecté à des installations au Cameroun, au Gabon, au Togo, en Guinée et au Sénégal.

L’avantage du Sénégal est différent. Le succès précoce de Wave a donné au pays une réputation de pionnier et contribué à en faire l’un des principaux marchés fintech de la région.

Le Cameroun, qui appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et à la zone monétaire de la BEAC, dispose d’un solide duopole entre MTN et Orange dans le mobile money. Son écosystème de startups indépendantes est toutefois plus limité. Maviance, l’une des fintechs camerounaises les plus connues, reste bien plus petite que les opérateurs télécoms.

En 2024, MTN Mobile Money Corporation et Orange Money Cameroon ont généré respectivement 70,2 milliards de francs CFA (environ 115 millions de dollars) et 65 milliards de francs CFA (environ 107 millions de dollars) de revenus, pour un total de 11,4 millions d’abonnements actifs au mobile money. À titre de comparaison, Maviance n’a levé que 3 millions de dollars depuis sa création en 2012 et compte environ 500 000 clients actifs par mois.

Le Mali, le Burkina Faso et la Guinée font face à d’autres contraintes, notamment des problèmes de sécurité et des marchés de capitaux moins développés. Peu d’entreprises fintech capables d’atteindre une véritable échelle de capital-risque y ont émergé.

La République démocratique du Congo est encore différente. Son marché du mobile money est marqué par la concurrence entre M-Pesa de Vodacom et Airtel Money, dans une économie dollarisée où les règlements en stablecoins commencent à être testés. Certaines parties du marché pourraient ainsi passer directement à des règlements numériques en dollars sans suivre le même parcours vers la néobanque que dans d’autres pays.

Tous ces marchés sont aussi en concurrence pour les capitaux avec les grands écosystèmes anglophones du continent. Le Nigeria, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Égypte ont représenté 72 % des financements en capital-risque en Afrique en 2025. L’écart est encore plus important dans le secteur du private equity : selon l’African Private Capital Association, les marchés anglophones ont capté 92 % de la valeur du private equity sur le continent entre 2012 et 2024.

Rebecca Enonchong, d’AfriLabs, a notamment lié une partie de cet écart aux réseaux d’investisseurs anglophones et aux codes du pitch propres à l’espace francophone.

Le problème n’est donc pas seulement de trouver davantage de startups. L’Afrique francophone doit aussi devenir plus facile à comprendre et à pénétrer pour les capitaux internationaux.


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3. Et après les paiements ?

Flag of OHADA
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Dakar, Senegal. Source de l’image : Bloomberg.

Certains signes indiquent que l’écosystème commence à évoluer.

Les startups francophones ont levé au moins 450 millions de dollars en 2025, tandis que les opérations de fusions-acquisitions ont presque doublé. Digital Africa, Janngo Capital et Partech figuraient parmi les investisseurs actifs sur le marché, avec plus de 100 investisseurs impliqués dans des opérations au cours de l’année.

Mais ces chiffres demandent à être nuancés. La fintech a démontré qu’il existe un marché pour les entreprises technologiques en Afrique francophone. Elle n’a pas encore démontré que l’écosystème peut atteindre la même profondeur dans d’autres secteurs.

La prochaine étape pourrait dépendre d’infrastructures moins visibles que celles d’une application de mobile money. Les systèmes de paiement interopérables comme PI-SPI, les infrastructures cloud souveraines et les programmes nationaux d’IA, tels que le programme d’appui à la réforme de l’administration électronique (PARAE) de la Côte d’Ivoire, pourraient devenir les fondements d’une économie numérique plus large.

Ce n’est pas parce que l’IA est à la mode. C’est parce que la healthtech, l’agritech, l’e-commerce et d’autres secteurs ont besoin de certaines des mêmes choses que la fintech avant de pouvoir changer d’échelle : une identité numérique, des infrastructures de paiement fiables, des données et un accès à des capacités informatiques locales.

La question la plus difficile est de savoir si le reste de l’écosystème pourra attirer des capitaux à des conditions adaptées aux entreprises dont la construction prend plus de temps.

Les paiements sont relativement faciles à comprendre pour les investisseurs parce que les transactions sont visibles et que la croissance peut être mesurée rapidement. Une plateforme de santé qui cherche à intégrer des hôpitaux, une entreprise climatique qui assure des agriculteurs ou un éditeur de logiciels qui vend aux administrations font face à des cycles commerciaux beaucoup plus longs et à une mise à l’échelle plus complexe.

La prochaine histoire technologique de l’Afrique francophone ne sera pas déterminée par la poursuite de la croissance de la fintech, mais par la capacité des infrastructures qu’elle a créées à permettre à d’autres secteurs de changer eux aussi d’échelle.

Cela suppose une électricité fiable pour les centres de données. Il faudra que les régulateurs parviennent à faire fonctionner les systèmes entre l’UEMOA et la CEMAC, mais aussi sur des marchés tels que la RDC et la Guinée, qui évoluent en dehors de ces cadres. Enfin, les investisseurs devront devenir plus à l’aise avec des entreprises dont les rendements ne peuvent pas être démontrés par une nouvelle transaction de mobile money.


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